29 janvier 2006

Mine dort...

Pas l'ombre d'un nuage depuis quelques jours, une météo idéale pour se promener à la campagne et ressentir une nature qui se languit de son hibernation. Dimanche, l'appel de la nature s'est fait ressentir. Et c'est ainsi que j'ai pris la direction du terril, sur ma bonne vieille terre natale du Borinage. J'y ai emmené mon super papa, ou plutôt l'inverse. Car c'est qui qui m'a tenu la main lorsque j'ai été prise de vertige en pleine escalade ? Il faut dire que nous avions amorcé l'ascension par le versant le plus ardu. Mine de rien, c'étaient des tonnes de charbon que nous étions en train de gravir...

Arrivés au somment, un panorama superbe et ô combien familier s'offrait à nous : le Borinage. On a beau le critiquer et montrer du doigt son taux de chômage sans cesse en augmentation, j'y tiens moi à cette région. Son paysage est une empreinte de l'histoire minière. Et le charbon, ça rime avec "immigration". D'ailleurs, si je suis là aujourd'hui c'est un peu grâce à ça (ou à cause ?).

Ainsi, en 1946, l'Italie avait conclu un accord avec la Belgique qui consistait à envoyer de la main d'oeuvre italienne contre des sacs de charbon (le pacte du charbon). Suite à cet appel national, les italiens arrivèrent par convois entiers, suivis de près par les espagnols, polonais, grecs, unis dans la même volonté de fuir la misère d'après-guerre. Mes deux grand-pères étaient de ceux-là. Ils ignoraient encore qu'un travail ingrat et rude leur était réservé, à l'abri de la lumière du jour. Mais la Belgique n'était pas prête à accueillir ces volontaires insouciants. Il fallut alors recycler des abris de fortune, dans l'urgence, loger les immigrés dans des camps de prisonniers, c'est d'ailleurs dans une de ces fameuses "baraques en tôle ondulée" que papa est né.

Plus qu'une simple balade ascensionnelle, c'est la ligne du temps que j'étais en train de remonter hier matin. Foulant un sol (encore fumant par endroit) qui avait une histoire, un passé, où des vies s'étaient peut-être éteintes, au fond des galeries. Le Borinage, point d'attache de nombreux immigrés aux yeux couleur charbon...

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Hum, voilà une page d'histoire sur ton blog, bien !

Un vieil italien m'a confié un jour qu'une chose l'avait profondément marqué à son arrivée en Belgique.
A l'époque le boulanger se faisait payer à la semaine. Chaque jour, il laissait le pain sur le pas de la porte ou la fenêtre.
En descendant du train, cet italien, très jeune, qui avait quitté son pays, ses amis, sa famille, sa culture et aussi une effroyable crise économique, se retrouvait dans un eldorado ou les gens étaient tellement riche que personne ne volait les pains, présents par dizaines dans les rues, alors qu'il n'y en avait pas tous les jours chez lui… Il avait l’impression d’avoir fait le bon choix à peine descendu du train, la réussite et la richesse l’attendait !
Quelques heures plus tard, il descendait dans le ventre de la terre, la vie de cet homme du soleil basculait, il allait connaître l’enfer comme mes grands pères avant lui…

La convention d'échange entre le gouvernement italien et la Belgique s'arrêtera après la catastrophe du bois du Cazier à Marcinelle. 270 mineurs y resteront... Tous les wallons issus de générations de mineurs et tous les italiens de Belgique doivent aller au bois du Cazier à Marcinelle...

Nous ne pouvons pas oublier.

On leur doit notre niveau de vie, nos plaisirs, notre confort.
Gloire et respect à ces papas, ces grands-pères qui se sont fait crever pour nous !

Olive pourpre a dit…

Merci Luc.

J'ai visité le Bois du Cazier en plein hiver, sous la neige. Et j'ai frissonné non pas de froid, mais d'émotions. Il y règne une atmosphère étrange, la présence des nombreuses victimes y est encore palpable...

Les témoignages de cette époque ne manquent pas et on pourrait en parler des heures... Je me contenterai juste de ce petit hommage. Mais n'hésitez pas à vous exprimer !

Anonyme a dit…

Ce qui me marque dans cet article c'est ces souvenirs que ton papa et toi avez ressentis par vos générations passées comme pas mal d'entres nous ressentons parfois ces souvenirs racontés par nos parents et grands parents.je pense que nous ne leur dirons jamais assez merci car sans ces énormes sacrifices nous n'aurions probablement pas aujourd'hui ce confort et cette facilité de vie.Sur ce là ou sont mes grands parents maintenant s'ils peuvent m'entendre je leur dit encore MERCI !
Et merci à toi de me faire revivre certains de ces souvenirs.

bisous m'belle

Olive pourpre a dit…

Merci Ludo. Et oui, nous avons tous le même parcours. Et j'espère que la 4ème génération éprouvera le même respect à l'égard de ces aïeuls qu'ils n'auront pas eu la chance de connaître...